Jean Forteroche

Le cri de la faim

La journée débuta sous de meilleurs auspices. Les deux hommes n'avaient pas perdu de chien durant la nuit, et c'est l'esprit plus léger qu'ils seremirent en chemin dans le silence, le noir et le froid. Bill semblait avoir oublié ses sinistres pressentiments et quand, à midi, les chiens renversèrent le traîneau à un mauvais passage, c'est en plaisantant qu'il accueillit l'accident.

C'était pourtant un effrayant pêle-mêle. Le traîneau, sens dessus dessous,demeurait entre le tronc d'un arbre et un énorme roc. Il fallut d'abord déharnacher les chiens afin de les dégager et de démêler leurs traits. Ceci fait et tandis que les deux hommes s'occupaient à remettre sur pied le traîneau, Henry aperçut N'a-qu'une-Oreille qui était en train de se défiler enrampant.

- Ici, toi, N'a-qu'une-Oreille ! cria-t-il en se retournant vers le chien.

Mais, au lieu de lui obéir, le chien fit un bond en avant et se sauva, encourant de toutes ses forces, ses harnais traînant derrière lui.

Tout là-bas, sur la piste, la louve l'attendait. En s'approchant d'elle, il parut soudain hésiter et ralentit sa course. Il la regardait fixement, avec crainte et désir à la fois. Elle semblait l'aguicher et lui sourire de toutes ses dentspuis, en manière d'avance, fit un pas vers lui. N'a-qu'une-Oreille serapprocha, mais en se tenant encore sur ses gardes, la tête dressée, les oreilles et la queue droites.


Commentaires

Florent dit :

Ce chapitre est très pertinent.

F.